CONSULTATION SUR LE PROJET DE PROGRAMMES DE LANGUES VIVANTES DES CLASSES DE 1EREA l’intention de Monsieur Brévart
IPR / IA d’espagnol
51 rue Monge
BP 1516
21033 DIJON Cedex
Rédacteur :
Patrick Fourneret
Agrégé d’espagnol
Lycée Louis Pasteur
4, rue du Lycée
25043 Besançon Cedex
SUR LA CONSULTATION ELLE-MEME
La mobilisation des collègues était assez forte l’an dernier sur le projet inhérent à la classe de seconde.
Il ne semble pas en être de même cette année. La raison essentielle ? L’impression d’être pris au piège d’un marché de dupes. Entre la publication des programmes définitifs et le projet soumis à discussion, c’est comme s’il ne s’était rien passé ! Aucun changement qui mérite qu’on s’y attache ou qui laisse penser que la consultation a servi à quelque chose, et qu’on ne vienne pas nous dire que tout le monde était d’accord avec le projet !
Il ressort donc que la consultation n’est pour le ministère que l’alibi de la bonne conscience.
Les professeurs de langue « toutes langues confondues », ne constituent pas un lobbie au même titre que les professeurs de philosophie par exemple, et ils n’ont en conséquence aucun moyen de pression sur le ministère qui puisse lui faire infléchir sa politique, comme on a pu le voir sur la consultation des programmes de philosophie. Dont acte.
SUR LE CADRE GENERAL
« Chronique d’un échec annoncé »…
Il est particulièrement scandaleux que le cadre général commence par deux phrases qui sonnent comme un aveu d’échec a priori de l’enseignement des langues dans notre système éducatif. « Les conditions dans lesquelles [l’apprentissage] s’effectue [milieu scolaire] », nous les connaissons bien, d’autant mieux qu’elles ont subi depuis la réforme Allègre / Lang les amputations horaires que l’on sait.La déréglementation s’est installée partout, jamais les élèves n’auront été aussi inégaux dans le volume horaire d’enseignement de langue qui leur est imparti : ici 2 heures en classe entière, ici, 1 heure plus une heure en demi groupe, ici trois heures en classe entière… Les chefs d’établissement zélés, le doigt sur la couture du pantalon rectoral, se sont empressés de « rendre des heures » à l’administration, assurant le service minimum, aggravant les conditions d’apprentissage pour les élèves, d’enseignement pour les professeurs.
A partir de ce moment, les objectifs ne peuvent, évidemment, qu’être revus à la baisse. Oui, en effet « l’apprentissage en milieu scolaire ne peut mener l’élève à la maîtrise d’une langue étrangère » : lorsque la perspective n’est plus que ce constat d’un « échec annoncé »… circulez, il n’y a plus rien à voir !« Les contextes d’usage […] sont prioritairement dictés par les contenus culturels »
Virage à 180 degrés ? Relisons le cadre général des programmes de 2nde : « Au lycée, l’enseignement des langues vivantes a une finalité pragmatique et une visée éducative. Il contribue de façon essentielle à la formation intellectuelle et culturelle de l’élève, citoyen du monde contemporain. Comme au collège, l’enseignement des langues vivantes en seconde se fixe comme objectif prioritaire d’apprendre aux élèves à communiquer dans la langue étrangère ou régionale.
Le projet des classes terminales semble avoir complètement viré de bord. Il est vrai que dans des classes de 35 élèves, peut-on communiquer ? Et lorsque, très majoritairement, l’évaluation au baccalauréat porte exclusivement sur la compréhension de l’écrit et les aptitudes à rendre compte, par écrit, d’un document littéraire, « apprendre à communiquer » ne saurait être une priorité… CQFD.PROGRAMME D’ESPAGNOL
Il vient donc s’imbriquer dans le schéma général des langues vivantes, autour de l’axe principal, Les relations de pouvoir. Notons au passage qu’il eût été plus clair de dire, selon les notions développées, Les relations de pouvoir et les relations AU pouvoir, si tant est que révolte et opposition sont plus des relations AU que des relations DE. Mais enfin, puisque les « experts » le disent…
On ne s’étonne pas que ce cadre soit parfaitement dans la ligne générale qui a vu l’enseignement dériver vers le travail et la réflexion autour de thèmes plutôt que de sujets : les IDD au collège, les TPE au lycée s’élaborent autour de thèmes, qui sont autant de boîtes de Pandore…
Experts ne doit pas rimer avec « pieds sur terre »…
Ce ne sont pas moins de 40 thèmes illustrés d’environ 140 exemples qui sont proposés par nos « experts » dans le tableau synoptique, essentiellement dominés par l’histoire. A minima nos élèves de 1ère ont une heure hebdomadaire en classe entière, soit, dans le meilleur des cas, 35 heures, à condition de ne pas faire de devoir en classe, de ne pas faire de corrigé de devoir et/ ou d’exercices, etc. UN thème, UNE heure ? !… De qui se moque-t-on ?
Si les groupes d’experts comportent des universitaires, c’est, on le sait, pour donner un « aval » scientifique à ces projets de programme. Le problème est que lesdits universitaires ne doivent pas avoir mis les pieds dans un lycée depuis belle lurette ; quant à nos « collègues » experts du second degré, savent-ils encore ce qu’est une classe ou enseignent-ils dans des « réserves » où sont parqués les « meilleurs » ?
Si, avec ces programmes, « nous n’en prenions pas » pour dix ou quinze ans, cela pourrait faire sourire. Malheureusement il y a fort à parier qu’au moment même de leur mise en œuvre ces programmes devront être considérés comme inapplicables dans leur grande majorité.
Peut-on penser qu’un élève normalement constitué sera passionné par Isabel II, Rosas, Primo de Rivera ou les guerres carlistes ? ; qu’en sera-t-il dans 10 ans de Baltasar Garzón, de Plácido Domingo ou du subcomandante Marcos ? ; que retiendra l’histoire du Salón Gaudí ? ; quel élève (j’allais dire quel enseignant d’aujourd’hui !) sera capable de faire la différence entre indigénisme et indianisme ?Plus de points de repères ; plus de chronologie ; on mêle Espagne et Amérique… Lorsqu’on sait que nos élèves n’hésitent pas à placer Christophe Colomb au XVIII° siècle et ne savent rien des guerres napoléoniennes, on croit rêver !
Je ne définirai ce programme qu’en deux mots : salmigondis indigeste.Mais bien évidemment, cet avis, comme les autres qui auront pu être émis, n’a aucun intérêt. Il sera dilué dans des rapports fades et sans âme qui à force d’être rabotés d’une main experte à l’autre, viendront conforter le ministère dans la justesse de ses choix.
EN CONCLUSION
Cette consultation tient de la parodie de démocratie (bel exemple pour nos élèves !), comme on a pu le constater l’an dernier entre la publication du projet et le programme définitif ; tant que n’auront pas été résolus les problèmes relatifs aux horaires et aux effectifs, aucun nouveau programme ne sera objectivement applicable…, ni appliqué ! Nul n’est tenu à l’impossible dans les conditions de travail qui sont les nôtres ; et tant que n’aura pas été résolue l’incohérence des contenus.
Je dénonce les contradictions absolues entre le premier paragraphe du préambule aux nouveaux programmes de première avec le reste des dits programmes, tout autant que l’opposition flagrante entre ce premier paragraphe et celui des programmes de Seconde parus au BO en 2002. Cette incohérence de fait, cette absence de lisibilité accentueront, nul n’en doute, la difficulté à appliquer de tels projets et à en faire percevoir l’intérêt à nos élèves, si tant est que ce salmigondis culturel en ait un.